Le syndrome du cheval dans la tempête ou l’art de refouler ses émotions

Le cheval dans la tempête, une expression dont je ne me rappelle pas la source. Mais, je l’ai associée depuis longtemps à un comportement observé chez moi. Et cette façon d’agir ou plutôt de réagir, je l’ai observé chez d’autres. De quoi s’agit-il ? Imaginez un cheval pris dans une tempête, qui doit rejoindre son écurie pour se mettre à l’abri. On l’attend peut-être là-bas. Ce cheval lutte contre le vent contraire. Même si il est épuisé et/ou blessé. Il fait preuve de courage. Il veut montrer qu’il est digne de confiance et capable d’y arriver. Il s’imagine que c’est ce qu’on attend de lui et qu’on ne lui pardonnera pas d’être faible ou de se tromper. Alors il cache sa tristesse, sa peur, ses blessures et/ou sa fatigue pour avancer coûte que coûte. Pourtant, il pourrait demander de l’aide ou faire une pause, et reprendre sa progression. Car ne pas écouter ses problèmes pourrait le conduire à mourir en arrivant à l’écurie ou sur le chemin.

Ce deuil qui m’a ouvert les yeux

Quand me suis-je rendu compte de cette façon de réagir ? Il me semble que c’était au décès de mon oncle maternel, qui s’est suicidé. Il y a plus de 10 ans déjà. Quand on m’a annoncé la nouvelle. Je me suis effondrée. Et puis je me suis vite relevée. J’ai enfoui ma tristesse et j’ai participé aux préparatifs de la sépulture, à l’écriture d’un dernier hommage à l’enterrement lui-même sans verser de larmes. J’en étais incapable. C’était bloqué.

Et puis quand tout le monde est rentré chez soi. Quand tout le remue-ménage qu’il y a autour d’un enterrement pendant trois ou quatre jours s’est estompé… je me suis mise à pleurer à chaudes larmes. Un torrent de tristesse ravalée m’a submergé. Mon compagnon était le seul présent. J’étais restée solide, droite dans mes bottes et courageuse pendant les jours suivant le décès. Mais maintenant que le plus gros des « choses à faire » était passé, je m’autorisais enfin à faire mon deuil.

Refouler ses émotions

C’était une réaction inconsciente de ma part, presque automatique. Mais lors de ce deuil, soudain ça m’a sauté aux yeux. J’ai pu regarder en arrière et comprendre, que ce n’était pas la première fois que j’agissais ainsi. J’ai compris d’où cela venait dans mon enfance. Je n’ai pas forcément tout résolu pour autant. Mais désormais, j’en suis consciente.

Exprimer ses émotions, une faiblesse ?

Refouler ses émotions. C’est quelque chose que j’ai appris très jeune pour paraitre moins faible. On m’a fait comprendre que pour être acceptée dans un groupe, je devais changer. Je devais faire ce qu’on attendait de moi, ne pas déranger les adultes ou encore éviter d’être la risée des autres, parce que j’étais émotive. Pleurer ou avoir peur était perçu comme une faiblesse. Demander de l’aide aussi. Il faut apprendre à te débrouiller toute seule, voyons ! Avouer qu’on a des problèmes ou qu’on échoue, difficile à entendre… on a bien assez de soucis comme ça, n’en rajoute pas ! Alors je suis devenue le petit cheval dans la tempête, qui affronte les orages en silence, pour faire ce qu’il croit qu’on attend de lui et cacher ses faiblesses. Je dit bien faire ce qu’on croit qu’on attend de nous. Parce que parfois, on interprète mal ou on s’imagine comprendre les intentions d’autrui à notre égard. Mais on se trompe. Et comme on ose rien dire. Le quiproquo demeure. On donne une fausse image de soi et les autres se basent là-dessus aussi pour interagir avec soi.

Les émotions sont utiles !

Être humain, c’est avoir des émotions. Les émotions ne sont pas un poison. Juste des informations sur comment nous réagissons intérieurement par rapport à un stimuli extérieur. Ni bonnes, ni mauvaises. D’ailleurs, il est erroné de parler de bonnes ou de mauvaises émotions. Il serait plus juste d’utiliser les termes agréable ou désagréable. Car la tristesse a autant son utilité que la joie dans la vie. C’est juste moins confortable à vivre. Même la colère. Il est sain de ressentir de la colère quand je suis témoin d’une injustice, par exemple. La colère te prévient que tes valeurs ne sont pas respectées.

Cessez de vouloir être imperturbables, soyez vrais !

Vous l’aurez compris faire le « petit cheval dans la tempête », sur le moment on pense que c’est la bonne attitude. Mais a posteriori et sur le long terme pas du tout. Car ce processus amène à ne plus s’écouter et à vouloir correspondre à une image de soi, qui n’est pas soi. C’est épuisant, frustrant et potentiellement destructeur.


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